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La lumière dans les ténèbres [Maedhros - ?]

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Vassale de Varda
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MessageSujet: La lumière dans les ténèbres [Maedhros - ?] Lun 13 Nov - 13:59


Suite de ce RP.





Elle prêtait l'oreille aux murmures de l'eau tout en avançant, soucieuse des dires d'Ulmo le maître des mers et des rivières, qui n'avait jamais tout à fait regagné Valinor et avait toujours préféré parcourir les étendues ruisselantes de son royaume. Ilmarë et Maedhros, d'apparence deux elfes aux chevelures étonnamment claires pour les Noldor, cheminaient le long du petit Gelion ; c'était le bras vif d'un fleuve qui prenait sa source aux alentours d'Himring et s'élançait vers le levant. À l'Est, là où il rencontrait le grand Gelion - qu'ils auraient à suivre jusqu'au lac Helevorn - le courant redescendait vers les terres méridionales du Beleriand, en direction des royaumes plus éloignés de l'ombre de Morgoth. Mais telle n'était pas la destination des deux guerriers...

Ils étaient partis aux aurores de la capitale de la Marche, afin de bénéficier le plus longtemps possible des rayons du soleil qui gênaient la vue des orques. La Bataille de la Flamme Subite les avait vus grouiller depuis le Nord, et si les alentours de la citadelle de Maedhros en étaient exempts - grâce à la fureur des Noldor qui y résidaient et à leur art de la guerre - ils n'étaient toutefois pas inquiétés dans le reste de cette région, ou si peu. Toutes les précautions étaient donc nécessaires, et l'on préféra la discrétion à la rapidité : les deux allaient à pied, leurs silhouettes élancées se découpant chichement sur l'horizon des plaines. Ilmarë, plus petite que son compagnon malgré lui, était d'apparence plus sauvage. Ses cheveux dévalaient librement ses épaules bronzées, bien loin des coiffures sophistiquées qu'affectionnaient les Eldar d'Aman ; elle n'avait pas leur teint pâle, quoique son regard fut d'un argent glacé et lointain comme celui des étoiles. L'armure de cuir qui la recouvrait, chichement pourvue de métal, ne la protégeait guère du froid du jour mais elle s'en moquait bien : ses fourrures, remisées dans son paquetage pour la marche, n'étaient pas nécessaires tant le périple la vivifiait. Elle aimait ce monde et en arpenter les chemins, bien que leur quête n'eût rien d'un parcours de plaisir, suffisait à la ragaillardir.

Il était près de midi lorsque la Maia rompit le silence qui s'était instauré jusqu'alors. Non pour parler : elle promena ses yeux perçants sur les étendues, se fendit de l'esquisse discrète d'un sourire et commença à chanter.

Ce n'était pas un chant de paroles, ou alors, sa voix s'habillait d'un langage inconnu de ce monde. Elle s'éleva, flûtée et musicale, incompréhensible par l'oreille mais équivoque pour le cœur. C'était un hymne aux belles choses, aux choses qui ravissaient l'âme, aux choses qui rassuraient et poussaient au rire ou à la danse. Sur les airs joyeux qu'elle offrait, l'air sec de l'hiver sembla se réchauffer et s'approprier les senteurs printanières des prés de montagne. La nature, discrète depuis le déferlement d'Angband, se raviva timidement à ces sons ; quelques oiseaux passèrent près d'eux, les saluèrent d'une unique trille et s'en furent à tire-d'ailes retrouver leurs refuges.

« Il y aura toujours un temps pour chanter, aussi sombres puissent être nos jours. »

Ilmarë adressa à son voisin un clin d’œil si léger qu'il aurait pu douter l'avoir vu ; et ce fut tout pour les heures de l'après-midi, où ils poursuivirent leur route sans deviser plus avant.
Jusqu'à ce que vint le soir. C'était moins par nécessité que par prudence qu'ils s'arrêtèrent sous l'empyrée plongée dans les ténèbres ; la nuit favorisait la venue des orques, et Ilmarë insista si besoin était pour qu'ils s'abritent une fois qu'arriva le crépuscule.

Si elle regretta que le ciel fût si noir et dépourvu d'étoiles, elle n'en montra rien, et se contenta de déposer ses affaires contre un roc. Elle prit les devants concernant leur bivouac, semblant tirer un certain plaisir à s'affairer à ces tâches ingrates du vagabondage : la Maia creusa dans une terre étonnamment meuble (et c'était à se demander si elle n'usait pas de son pouvoir, car les plaines de la Marche n'avaient rien de tendre, au propre comme au figuré) un trou de petite envergure, où elle jeta brindilles et branches mortes qu'elle avait demandé à Maedhros de rassembler. Là, de quelques coups de silex, elle attisa une flamme qui prit vite et bien, et que le remblai dissimulerai aux yeux malveillants.

« Demain, nous devrions arriver à destination si la route demeure sans encombre. Tard dans la journée. »

Tout en parlant, la femme délaça ses souples bottes cavalières et les jeta négligemment un peu plus loin. Ses pieds nus frottèrent dans l'herbe pourtant rêche avec un plaisir non dissimulé, se tachant d'un vert qu'elle ne parut pas pressée d'ôter.

« Admettez-le : tout ceci est plus plaisant que les murs froids d'Himring ! »

C'était lancé avec la malice d'une adolescente humaine. Ilmarë avait été faite comme une parcelle divine d'indifférence, mais l'acte de création l'avait changée. En participant à la naissance d'Ëa, elle avait découvert l'amour de la vie, et à travers l'amour elle avait expérimenté bien des sentiments. La douleur, la colère, mais aussi l'humour et la poésie, et tout ce qui faisait le sel de l'existence. Si au fond d'elle la Maia demeurait un être foncièrement immortel, une part de son être s'était prise aux innombrables jeux des mortels.

« Abandonnez votre air renfrogné. Il y aura bien des batailles à mener pour accomplir votre serment, et plus encore pour sauver ce monde : mais que ça ne vous empêche pas d'en profiter pour l'instant. »

Parfaitement à son aise, elle se laissa aller sur le dos et croisa les mains derrière sa nuque. Le crépitement discret du brasier lui fit écho comme pour l'approuver, tandis que sous ses paupières mi-closes ses iris pâles ne quittaient pas le roi de la Marche.
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MessageSujet: Re: La lumière dans les ténèbres [Maedhros - ?] Mar 14 Nov - 4:46


Les yeux rivés vers les étoiles qui, elles, avaient choisi de rester bien là-haut, le roi de la Marche en tenue de voyage ne bronchait pas d’un poil. Le spectacle des tisons de pruches et d’épinettes qui virevoltaient dans une danse ascendante était tout ce que le prince avait trouvé pour se changer les idées en cette soirée bien singulière. Quand les braises envoyaient valser des flammèches en direction de sa ‘’partenaire’’ de route et que Maedhros apercevait la silhouette de sa guide de voyage, il s’empressait de relocaliser son attention vers l’espace au-dessus des flammes où il ne trouverait pas le regard de la Maia. Du coin de l’œil, il avait vu les yeux de l’insolente voyageuse l’épier, comme les iris d’une bête sauvage dont les globes oculaires ressemblaient à des lucioles pétrifiées. Bien évidemment, Maedhros n’aimait pas être la proie d’une curiosité malsaine qui outrepassait les règles de bienséance qui régissaient les interactions d’un seigneur et d’une vagabonde arrogante.

On comptait bien des victoires et défaites depuis la dernière fois que le roi de la Marche avait eu la chance de s’étendre dans l’herbe et de profiter du luxe du silence. D’ailleurs, Maedhros tenait fermement à l’idée qu’il n’était pas dans le droit d’un roi de déposer les armes, même dans son propre royaume, tant que ce dernier était gangréné de patrouilles d’orques. Bien qu’Eresse ait été à moins de quelques centimètres de sa cuisse, le simple fait d’avoir retiré son fourreau de sa ceinture avait été un geste tout à fait honteux. En cachette, il avait d’abord regardé autour de lui comme pour s’assurer qu’aucun des siens ne le verrait porter au sol sa fidèle compagne de guerre, cette longue lame argentée qui veillait sur lui. Honteux et particulièrement réticent, il s’était défait de ses protections de cuir avant de s’envelopper jusqu’au menton dans une énorme fourrure d’ours. Finalement, pas tout à fait à l’horizontal, il veillait désormais sur son royaume comme il le pouvait, pas plus tenté par le sommeil qu’il ne l’était d’habitude.

Le voyage avait été pénible. Entre les collines et les bosquets secs du sud de la Marche, chaque vallon, chaque petite source claire qui signifiait sa présence avaient été suffisant pour soutirer à la Maia un commentaire. Visiblement soulagée que le roi ait accepté de voyager avec elle seule, elle s’était permise de lui faire la leçon, de lui rappeler le nom des oiseaux qu’ils croisaient et de lui imposer son rire moqueur. En fait, l’arrogante voyageuse avait rassemblé les ingrédients nécessaires pour faire de cette aventure un véritable cauchemar. Elle ne semblait ni se soucier des orques, ni des autres monstruosités qui pouvaient surgir à tout moment. Pire encore, par sa naïveté et ses aires d’étourdie, elle n’avait jamais vu le sang des guerriers de la Maison de Feanor qui imprégnait la terre sur laquelle elle gambadait presque. Quand Maedhros eut été à un poil de l’engueuler, elle avait entonné une chanson. Alors, comme un étalon qui trouvait finalement le repos après une combative journée, Maedhros s’était surpris à ne pas lui dire de se taire. Il l’avait écouté et même trouvé que son chant allait plutôt bien avec les sons de l’après-midi. Bien entendu, il ne lui dit rien et aurait préféré ne jamais l’entendre.

L’aîné de sa Maison, bien qu’il ait pu trouver sa partenaire de route fascinante, se lassa rapidement d’essayer de la comprendre. Visiblement, cette dernière était une sorte d’être que les guerres et les maux du monde n’affectaient pas, elle qui servait des Puissances bien indifférentes. Au départ, il voulut saisir les stratégies mentales que cette dernière employait afin d’être paisible face à la voix des morts qui retentissait dans l’écho des collines de la Marche. En effet, Maedhros avait cru pendant un instant qu’il existait peut-être une manière de se détacher complètement de la magnitude de la violence qui avait sévi en ces lieux. Finalement, le Noldo se fit à l’évidence que la Maia ne comprendrait jamais la gravité de son indifférence, pour une raison qui était bien simple : elle n’avait jamais connu la véritable souffrance. À l’intérieur, il semblait que Maedhros en voulait à cette personne pour être venue devant lui, puis pour avoir tenu ce discours sans le moindrement comprendre le sens de la douleur. Ainsi, les sourires qu’elle lui imposait avaient le goût d’un affront et d’une insulte. Il ne lui en avait retourné aucun. Il n’en avait plus.

Tout comme il sentait la chaleur du modeste brasier qui lui réconfortait les pieds, la présence de la Maia allait bien au-delà de la voyageuse à moitié endormie qui partageait son campement. Étrangement, il percevait que cette dernière vibrait à travers lui, comme s’infiltrant sous la peau dans laquelle il avait fait disparaître son corps en quête de repos. Sans qu’il n’ait pu l’expliquer, des sensations oubliées lui avaient parcouru le corps, alors que dans sa mémoire des souvenirs d’Aman étaient rafraîchis. Alors, comme une flèche que l’on décoche dans l’obscurité totale mais qui atteint sa cible droit au cœur, la Maia prononça des paroles dont elle n’avait pas bien évalué le poids.

« Abandonnez votre air renfrogné. Il y aura bien des batailles à mener pour accomplir votre serment, et plus encore pour sauver ce monde : mais que ça ne vous empêche pas d'en profiter pour l'instant. »

Et l’humble feu de randonneurs se changea tout à coup en un brasier infernal, puis en un typhon de flammes, comme une tornade qui avait pris le chaos pour nom. Les cris d’enfants que l’on arrache des cadavres de leurs parents devinrent son seul crépitement, alors que les buches doucement montées en pyramide prirent la forme de palissades ensanglantées. Quand Maedhros trouva la force de traverser le mur de flammes qui l’enfermaient une cuisante prison, il se retrouva à nouveau au milieu de la nuit. Une fois de plus, les démons qui dévoraient son cœur faisaient de lui un abominable bélier que même l’aura apaisant d’une Ainu ne savait arrêter. Son serment.

- Dites encore ce mot et ce sera votre dernier avant que des orques ne mangent votre cadavre !

En un éclair, il s’était retrouvé sur la Maia, couvrant tout son corps du sien, beaucoup plus massif et gonflé par l’adrénaline d’un vétéran en pleine crise de cauchemars. Dans son bond, sa fourrure avait presque éteint le feu et les grillons s’étaient tus. La nuit n’avait plus la prétention d’avoir quoi que ce soit d’enveloppant et le silence de cette dernière semblait contenir l’environnement dans un immobilisme malsain. Tout était exactement comme dans la seconde d’avant, mis à part le fait que Maedhros, en proie à une colère impulsive et maladive tenait Ilmare contre le sol par la gorge, son cou écrasé par son avant-bras amputé et une dague dans l’autre main.

Les yeux écarquillés de panique, il assommait sa victime de sa respiration frénétique et lourde. Quand il se rendit compte de la réalité de son assaut, du fait qu’il avait presque donné la mort à une femme qui ne lui avait que sourit, il la libéra de son joug et se laissa basculer sur le côté, pour tomber sur ses coudes. Sans quitter la Maia du regard, il se releva de peine et de misère pour finalement saisir son épée qui reposait toujours dans un creux dans l’herbe, puis en passant une main sur son visage jusqu’à ce que cette dernière termine dans ses cheveux, il prit la direction du bosquet d’arbuste et d’arbrisseaux qui bordait leur bivouac.

Là, il chercha une roche suffisamment imposante parmi toutes celles qui s’étaient mises en travers de son chemin et s’adossa contre l’une d’elles. Peut-être avait-il senti que ce monolithe serait assez solide pour supporter le poids de sa détresse au moment où il apposerait tout son corps contre lui.
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MessageSujet: Re: La lumière dans les ténèbres [Maedhros - ?] Mar 14 Nov - 19:42


Sous ses dehors bienveillants - et, fallait-il le souligner, son inhumaine patience envers les elfes mal embouchés - Ilmarë se comptait parmi les Maiar les plus puissants à fouler le Beleriand, et s'en prendre à elle était rarement une bonne idée. Elle ne se défendit pourtant pas devant la ruée d'un Maedhros épris de rage ; elle ne pouvait pas davantage écarter d'elle un Elda qu'une grande sœur n'eût pu rejeter son petit frère, et accepta la douleur qu'il lui infligea de la même manière qu'on supporte un orage en pleine campagne, ou qu'on endure l'averse d'automne qui s'abat sur les quais des ports. Comment, songeait-elle en lisant les émotions qui faisaient étinceler les yeux bruns de l'elfe, aurait-elle pu lui en vouloir d'exprimer ainsi sa souffrance ? Elle la partageait, d'une façon différente, mais pas moins forte.

Lorsqu'il finit par la lâcher et s'écarter d'elle comme un homme ivre, Ilmarë avait les doigts crispés à s'en faire blanchir les jointures. Une part d'elle commençait à gronder ; une part qui s'indignait des malheurs frappant le peuple des Noldor, qu'ils avaient peut-être partiellement cherché à vrai dire, et qui en rejetait la responsabilité sur Morgoth. Elle continuait de découvrir au fil des siècles le goût de la haine.

Mais cette nuit, c'était de compassion qu'elle devait faire preuve. Sans prendre la peine de remettre un semblant d'ordre dans ses mèches en bataille, la guerrière ramassa la pelisse abandonnée de l'elfe et, ses pieds nus froissant la chiche verdure des plaines, suivit le chemin pris par le prince. L'avisant adossé à son rocher comme un blessé s'appuyant à sa béquille, elle sentit son cœur se pincer davantage et hésita même, un instant, à troubler son recueillement.

« Aidez-le à trouver la paix », murmura-t-elle au vent du soir et, quelque part au-dessus d'eux, une étoile brilla brièvement un peu plus fort.

Ilmarë n'était pas que pure pitié. Quelque part dans son esprit subsistait une facette froide de sa personnalité, une pensée qui savait que pour remplir la tâche qui lui était dévoyée elle devait faire en sorte que Maedhros tienne bon face au Nord ; lui, et bien d'autres encore. L'empêcher de sombrer dans son propre désespoir ne serait pas chose facile.

Elle balaya la réflexion d'une secousse de la tête et, la démarche silencieuse, vint poser la fourrure du Noldo sur ses épaules. Les étendues opaques qui les entouraient lui parurent soudain bien froides.
Anormalement froides.

« Maedhros... »

C'était lancé d'un ton d'avertissement. Aussitôt, la Maia se maudit de n'avoir eu le même réflexe que son compagnon, à savoir s'emparer de son arme ; comme pour confirmer la chose un puissant battement d'ailes se devina quelque part dans le ciel noir, accompagné d'un chuintement qui ressemblait à un court rire plein de cruauté.

Ses jambes s'actionnèrent avant même qu'elle n'y songe, et elle détala en direction de leur bivouac déserté où l'attendaient sa lance et son sabre. Elle n'avait eu que le temps de saisir la première lorsque les braises mourantes trahirent un éclat métallique filant dans sa direction ; son arme siffla dans l'air glacé lorsqu'elle la fit tournoyer, et la flèche qui lui était destinée rebondit sur le sol. Des hurlements résonnèrent de toutes parts, un concert rauque et soutenu accompagné du cliquetis familier des orques parés pour la guerre.

Ilmarë leur répondit d'un cri froid, qu'on aurait pu comparer à celui d'un aigle défiant la vallée. Le fer de sa lance ne trembla pas lorsqu'elle le pointa dans leur direction, s'apprêtant à les recevoir avec la colère que peu lui connaissaient ; elle savait devoir faire vite, car dans ce qu'elle avait entendu plus tôt la Maia avait reconnu l'arrivée d'un vampire, et vraisemblablement celui-ci comptait s'en prendre à Maedhros.

Il n'était pas question qu'il lui arrive quelque chose. Encore moins à cause de sa négligence.
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MessageSujet: Re: La lumière dans les ténèbres [Maedhros - ?] Jeu 16 Nov - 5:08


Maedhros n’avait pas encore eu le temps de refroidir au moment où il entendit la Maia prononcer son nom avec la voix d’une créature que l’on prend au dépourvu. Avant qu’elle ne puisse se permettre d’être tendre comme elle l’avait été avec lui dans sa citadelle, on lui soutira violemment ses dernières réserves de patiences. Quand elle put presque poser la grande peau animale sur les épaules du Noldo sous état de choc, elle disparut d’un bond afin de regagner le campement de fortune qu’ils avaient établi, comme aspirée par une force encore à ce point invisible aux sens de Maedhros. Comme s’il avait posé la question au ciel, les ténèbres envoyèrent tout de suite au prince une explication : la mort les encerclait et le mal les avait pris elle et lui, vulnérables, en embuscade.

Une ombre glaciale et indomptable survola le roi de la Marche, passant si près de lui qu’il crut l’entendre gémir de joie quand cette dernière fut à une distance où elle put sans aucun doute sentir la peur que le cœur de Maedhros avait du mal à pomper. Tendu, les réflexes de son corps le projetèrent de tout son long contre le roc où il s’y incrusta presque comme un soldat faisant dos à l’ennemi. À ce moment précis, la machine de guerre qu’était Maedhros s’enclencha et l’environnement dans lequel il était se reconfigura en un terrain stratégique où des déplacements calculés auraient lieu. Ainsi, son ouïe perçante se mit à chercher l’information qui lui serait nécessaire afin de jouer son tour efficacement et en évitant de céder des points à l’adversaire. Ses yeux, eux, tentaient de peine et de misère à localiser les grandes ailes sombres qui avaient positionné, sur sa carte mentale, l’ennemi dans un angle dangereux. Peu à peu, l’étau se resserrait et l’horloge laissait au roi en tenu de voyage très peu de temps.

Mais le sang de son père coulait toujours dans ses veines et, comme un incendie que l’on n’éteint jamais, Maedhros brûlait à nouveau d’un feu rouge vif. L’air autour de lui devint brûlant et dans l’obscurité de la nuit sa silhouette s’imposait comme un brasier consumant le vide ébène de la nature inerte des collines de la Marche. Tel un projectile incendiaire que l’on catapultait par-delà une muraille, Maedhros traversa le jardin accidenté de rocailles pour apercevoir avec rage sa partenaire de voyage qui faisait face à une horde complète de créatures ténébreuses. Le son des pièces d’armures que l’on frottait sur des excroissances charnues, l’odeur d’êtres serviles voués à une vie de servitude et le bruit agressant de leurs voix écœurantes avaient rapidement révélé à Maedhros qu’il s’agissait d’une troupe d’orques. Le pas de fous que l’on libère après des mois de lavage de cerveau et de commandes abrutissantes aurait été tout ce que le prince feannorien aurait entendu si les cris bestiaux des serviteurs de Morgoth n’avaient pas été aussi stridents. Sa longue la lame telle un dard, il chargea l’embuscade.

Il ne fallut pas beaucoup de temps à la horde de soldats orquins pour que ces derniers comprennent à qui ils s’attaquaient. Quand Maedhors eut rejoint sa partenaire de route et qu’il put recevoir l’assaut à ses côtés, plusieurs orques avaient déjà commencé à fuir comme des chiens la queue entre les pattes. En colère, terriblement honteux d’avoir menacé de mort la seule personne qu’il avait à ses côtés en ces terres hostiles, Maedhros ne comptait pas ses coups et frappait avec une telle cruauté les Orques que plusieurs qui s’étaient déjà élancés pour porter une attaque firent plutôt demi-tour. Quand l’un deux qui avait perdu un bras cria pour demander de l’épargner, le Noldo, aveuglé d’un sentiment destructeur, lui avait assené une quantité de coups que même un bourreau membre de l’espèce qu’il exécrait n’aurait pas osé administrer. Voyant un spectre de flammes et de malheur découper en morceaux un des leurs, les orques prirent la fuite en rampant et en maudissant celui qui les avait mis sur le chemin de leur pire ennemi. Ainsi, comme bien d’autres l’avaient fait avant eux, ils s’en retournèrent dans leurs contrées barbares en répandant la rumeur d’un roi étant revenu des morts, fantôme de flammes dont les dieux ne voulaient plus.

Les nerfs électrifiés d’adrénaline, Maedhros pivota d’un coup sec vers l’arrière de manière à transpercer un assaillant qui le prenait par surprise, mais sans succès. Sans un son, une paire de pattes griffues s’étaient plantées comme des serres dans le cuir de son armure, projetant le prince sur le sol à plusieurs mètres devant lui. Tel un mortier, un bélier venu d’en-haut fit de son corps une poupée de chiffon et de son épée une brindille que l’on faisait voler sans difficulté. Sans connaissance, Maedhros gisait sur le sol au pied de la falaise devant laquelle ils avaient laissés leurs bivouacs, désarmé et totalement inerte.
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MessageSujet: Re: La lumière dans les ténèbres [Maedhros - ?] Jeu 16 Nov - 10:37


Ilmarë n'avait guère eu le temps de brandir son arme qu'un Maedhros en furie l'avait dépassée. Sa lame renvoyait au clair de lune de sinistres reflets et le sang coula vite et généreusement. Les yeux plissés, la Maia comprit bien rapidement que le prince des Noldor ne se contentait pas de donner la mort ; il recherchait le massacre, délivrant dans chaque revers et dans chaque coup de taille la rage qui l'aveuglait. Elle sut aussitôt, avec une absolue certitude, qu'il aurait longtemps besoin d'aide.

Pour voir. Voir, à travers le brouillard rouge qui devait voiler son regard.

Pourquoi ? songeait-elle en son for intérieur, détachée de tout, après lui avoir emboîté le pas. Pourquoi son esprit est-il si tumultueux ? N'avez-vous pas donné aux Eldar la patience de vivre pour toujours ?

On ne lui répondit pas. Il n'y avait que silence dans son âme lorsqu'elle leva le fer effilé de son arme pour l'abattre, vive et précise, dans le gorgerin d'un orque. Les mailles résistèrent une fraction de seconde avant de se tordre et qu'un flot sombre s'en déverse ; Ilmarë avait plus de force que l'apparence dont elle s'habillait le laisser supposer.

Mais les Eldar sont encore jeunes... La fougue de leur primeur les anime, et les Noldor sont sous l'empire colérique des enfants indignés.

Des enfants, oui, elle pouvait les voir ainsi. En partie.
Sa lance s'était déjà retirée du corps qui avait basculé en arrière, les genoux pliés. La langue d'acier se darda encore, et encore, frappant juste. Elle était un îlot de paix glacée là où Maedhros tempêtait comme une mer déchaînée.

Et les orques... Ses yeux étoilés se posaient sur eux lorsqu'ils s'effondraient, emplis d'un mépris qui était presque aussi vieux que le monde. Morgoth les avait façonnés de sa propre essence, et si l'on disait que jadis il avait eu besoin des Elfes pour créer les premiers de cette engeance, on ne pouvait aucunement considérer qu'il y avait encore en eux la moindre once des Premiers Nés. Ils n'étaient qu'une hideuse parodie dégénérée de la Création, une horreur dont elle ne souffrait pas la vue.

Alors, froidement, habitée par une colère séculaire, elle tuait. D'un geste souple qu'on aurait pu apparenter à la volte d'une danse Ilmarë se pencha et ramassa son épée à la courbe gracieuse ; elle fut dégainée dans le même geste et son tranchant doux comme le satin faucha une autre gorge.

Il ne s'écoula que quelques respirations avant que leurs assaillants, débordés par l'habileté des deux guerriers, ne reculent puis se détournent pour s'enfuir aux confins de la nuit.
La Maia fit l'erreur de croire que la victoire leur était acquise.

Maedhros amorça - trop tard - un geste pour se défendre de l'ennemi qui lui tomba sur le dos. C'était le vampire, trop vite oublié ; un monstre de large envergure au cuir grisâtre et musculeux, pourvu de serres aiguisées en lieu et place de mains, et qu'une paire d'ailes parcourues d'épaisses veines emportait dans les airs. Ayant fondu depuis l'empyrée sur sa proie comme un faucon après un mulot, la créature avait jeté son dévolu et sa masse sur le fils de Fëanor. Celui-ci, inconscient, gisait désormais à plusieurs empans de là tandis que le serviteur honni de Sauron paraissait dédier à Ilmarë un rictus moqueur.

Elle jeta ses armes à terre. Ce n'était pas un geste de reddition ; quelque chose dans la façon dont elle l'avait fait était éminemment menaçant. Le rictus se figea alors qu'elle ouvrait la bouche, et la voix qu'elle emprunta alors était déformée de pouvoir. L'envoyée des Valar s'adressa au vampire dans la langue de l'Ouest, qui fit frémir les vents de la plaine et luire les étoiles du ciel : ceux qu'elle servait avaient les yeux posés sur elle.
Ses quelques paroles ne seront pas rapportées ici, sinon qu'il s'agissait d'un jugement qu'elle se chargea bien vite d'appliquer.

*

Maedhros demeura inconscient plusieurs heures. Pour peu qu'il eût bénéficié de quelques accès de lucidité, il pourrait avoir des bribes déconcertantes de souvenirs concernant les derniers événements : les jappements terribles et meurtriers d'un molosse déchaîné, l'aperçu d'une pelisse blanche au poil court et soyeux et l'éclat de crocs immenses et clairs déchirant muscles et tendons, ainsi que le cri - d'horreur - d'un vampire qu'on mettait à mort d'une atroce façon. Plus floue encore, la mémoire d'une cavalcade effrénée dans le noir, sa main passée autour du cou d'un... de quelque chose, fauve, chien, fantôme ou un mélange de tout cela.

Ilmarë le regarda s'éveiller, assise en tailleur non loin de lui. Un timide feu qu'elle attisait d'un brandon sec renvoyait sur les parois de la grotte où ils avaient trouvé refuge des ombres aux mouvements lents. L'air, chaud, faisait comme un cocon autour du prince et seuls les craquements ténus du bois se faisaient alors entendre. Il semblait qu'elle l'avait tiré à l'abri d'une caverne, emmitouflé dans sa fourrure, et qu'elle avait disposé les siennes sous sa tête en guise d'oreiller. Eressë avait été remise à son fourreau et disposée à sa gauche, soigneusement alignée à son corps.
Et sa compagne de route l'observait, l'image faite chair du calme après l'orage.

« Vous revenez à vous plus vite que je le pensais. » Un lent sourire lui vint aux lèvres, trahissant peut-être le soulagement d'une inquiétude qu'elle avait dissimulée jusque là. « Et plus vite également nous sommes arrivés à Helevorn. Le lac s'étend à deux cent mètres de l'entrée de notre refuge, vous ne pourrez pas le rater : et il est encore magnifique dans la lumière du matin, malgré le passage des orques. »

Ça paraissait impossible. Si tout s'était bien passé, ils auraient dû arriver à destination le soir du lendemain de l'attaque ; mais sans hésitation aucune, Ilmarë affirmait qu'ils étaient arrivés au point du jour.

« Je dois à regret vous presser. » D'un geste dont la tranquillité démentait son propos, la femme replaça derrière son oreille une boucle rebelle. Son expression s'assombrit. « Nous ne sommes pas passés inaperçus cette nuit et nous sommes déjà en retard pour... un autre rendez-vous. Il vous faut trouver dans les eaux d'Helevorn ce qui fut autrefois offert à votre frère. Et ne me demandez pas d'y aller à votre place : c'est là une histoire de famille. »

Son sourire lui revint à ces mots, qu'elle avait empruntés à Maedhros lui-même.
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MessageSujet: Re: La lumière dans les ténèbres [Maedhros - ?] Ven 17 Nov - 3:14


Des esprits paisibles dansaient langoureusement au sein d’un bal silencieux qui avait lieu devant les yeux entrouverts du rescapé qui revenait à son monde. Bons, ils étaient à la fois mystérieux, car jamais ils ne prononçaient mot dans quelque que le voyageur ait pu comprendre, mais aussi profondément rassurants. Ces êtres venus de terres paisibles où les gens d’Aule n’avaient pas à craindre les sacrifices ou les supplices, aujourd’hui étaient des flammes joueuses qui s’exposaient au roi pour le tirer des vapes. Leur voix; le crépitement du bois qu’elles consumaient doucement, mais avec la force d’une éruption miniature. Leur corps ; des robes lumineuses qui s’emmêlaient les unes aux autres dans une valse taquine sur la roche. Peu à peu, la conscience du roi de la Marche revint récupérer son siège et l’Elfe troqua tranquillement sa torpeur pour un sentiment d’engourdissement rafraîchissant.

Cela faisait des âges que Maedhros n’avait pas dormis et la difficulté avec laquelle il quitta le sommeil avait suffit pour lui rappeler comment cette fonction vitale lui avait cruellement manqué. Dans ses rêves, des personnages fantomatiques s’étaient lancés dans une poursuite et des héros avaient fait face à un raz-de-marée de créatures malines. Même si la plupart de ces rêveries avaient semblé agréables et excitantes, elles semblaient avoir laissé au prince confortablement enveloppé dans sa fourrure un étrange goût dans la bouche. Rapidement, les derniers éclairs de souvenirs firent apparition et balayèrent tout sentiment de paix dont les rêves avaient été la source. Paniqué, Maedhros comprit aussitôt la gravité de la situation, en se rappelant de l’assaut des orques, de l’ombre maléfique qui les épiait et de la force avec laquelle il avait découpé en morceaux des orques, du gout de leur sang.

En attendant le bruit d’une botte que l’on frotte sur la pierre, il sursauta à la vue de la Maia qui, apparemment veillait sur lui, une fois de plus. L’air innocent et le visage bienveillant, elle venait d’expliquer à Maedhros les détails de leur situation, bien qu’il n’eut saisi que quelques mots de son compte-rendu. La lumière du jour qui s’invitait dans leur repère de fortune dessinait les contours de la silhouette de sa partenaire, contraignant les détails de ses traits à une obscurité que ses yeux n’arrivaient pas à percer. Juste à côté de lui, ils semblaient être seuls et en sécurité. Le roi ne bougea pas d’un poil, trop paresseux ou trop déstabilisé.

Il fallait qu’il se rende à l’évidence : Maedhros n’avait qu’elle en ce monde. Il n’avait que cette femme à ses côtés, alors qu’il lui avait craché au visage. Il n’avait qu’elle dans une vie où ni Aman, ni Arda ne voulait de lui, tous deux lui refusant la paix d’esprit. Plus choquant encore, cette femme, de quelque race soit-elle, se tenait toujours près de lui, alors qu’il l’avait menacé gratuitement de mort, alors qu’elle n’avait eu pour lui qu’un discours d’aide et de renouveau. Terriblement triste, Maedhros se sentit à cet instant précis comme dépossédé de tout. Dans son cœur, qui avait été façonné en Aman dans l’amour et la tendresse, le sentiment d’avoir tenté de blesser cet être de bonté était plus lourd à porter que les années qu’il avait passée à pendre au bout de sa propre chair déchirée. Les yeux comme des ruisseaux, mais la parole sans les mots que l’on aurait dû lui enseigner, il saisit la main de la Maia.

- Je suis désolé.

Le parfum de l’amie qu’il ne saurait jamais mériter semblait avoir pénétré jusqu’à son âme qui en répandait les bienfaits en son for intérieur. Sa main, bien qu’elle eut été tachée de sang et de boue, semblait si belle et tellement réconfortante. Le roi, qui s’était jeté en bas de son trône idéologique ce matin-là, avait besoin de trouver la paix au moins un instant. Or, quand il essayait de se livrer à ce sentiment, une voix dans le lointain retentissait, comme une commande paternelle, une malédiction dont il ne pouvait se délivrer. Elle lui criait que la paix n’était pas la voie à entreprendre pour retrouver son honneur. Pour l’instant, cependant, il pouvait être un fils d’Iluvatar et regarder ce qui était, il n’en avait pas de doute, la plus belle créature que cet Aman qu’il détestait avait mis sur sa route.

Maladroit, il se redressa pour s’installer sur ses coudes et se rapprocher du visage de la femme qui était un phare pour lui dans la noirceur dans laquelle il s’enfermait. Il vint assez près d’elle pour voir l’argent bleuté de ses iris se mouvoir comme un vortex distant et infini, à peine perceptible pour le plus attentif des Elfes, mais absolument invisible pour un seigneur de guerre qui ne voyait le monde qu’en rouge. Quand les cheveux en bataille de cette dernière effleurèrent son visage, un Maedhros que les lueurs d’Anor illuminait et montrait sous son plus beau jour énonça sa demande. Mais ce n’était pas celle d’un roi cette fois.

-  Dame d’Elentari, je… Ne me laissez pas tomber, je vous en supplie.


Comme un cavalier qui se languissait de retrouver son destrier, la présence d’Eresse alignée sur son flanc droit lui titillait les entrailles, demandant à être prise. Doucement, le Noldo en bien piètre état prit sa lame chérie et la déposa sur les cuisses de la voyageuse, celle à qui il devait la vie. De son autre main, il saisit les doigts de la Maia autour desquels il referma les siens avant déposer la nouvelle union de jointures sur le cuir du fourreau. Bien que cela eut été difficile, il lui sourit.

- Comme il s’agit d’une affaire de famille, cela vous concerne donc aussi je suppose.

Sans la quitter du regard, il lui offrait le seul sourire qui avait vu le jour sur son visage depuis ses jours à Formenos avant l’exile. Volontairement, il usait de cette force immatérielle qui était propre aux Premiers Nés pour créer un espace entre eux et dans cet espace, peut-être tisser un fil de perles célestes de son corps au sien.

Et le cours normal des choses reprit. Et Maedhros, une fois sa tenue de voyage bien en place sur ses épaules et sa poitrine était déjà en marche vers le lac Helevorn. Ce jour-là, l’aîné de ses frères se demandait s’il avait gagné ou perdu du pouvoir.


Dernière édition par Maedhros le Dim 3 Déc - 1:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La lumière dans les ténèbres [Maedhros - ?] Sam 18 Nov - 16:43


Les bras croisés sous la poitrine, l'épaule adossée à la saillie de pierre délimitant l'ouverture de la grotte, Ilmarë observait l'elfe à la crinière de rouille qui descendait la pente les séparant du lac. Le soleil entamait sa paresseuse ascension à l'Est, allongeant les ombres devant eux comme le léger vent allongeait les rides de l'eau. Elle était plus saumâtre que dans son souvenir, suite à la venue des orques qui grouillaient désormais en cette région - néanmoins, elle n'avait pas tout à fait perdu sa pleine couleur, mélange miroitant qui renvoyait au regard le lent défilé des nuages bordés d'azur.

Un soupir lui échappa, seul aveu de ses regrets quant à la perte de ces terres. Comme elle aurait aimé laisser à d'autres les champs de bataille, sillonner tout son soûl les chemins du Beleriand, vivre d'errance et de poésie ; mais l'errance ne la menait qu'à d'autres luttes, et la poésie, elle la retrouvait rarement ailleurs que dans les récits de combats.

Ses yeux allèrent de droite et de gauche, étudiant les berges peut-être trompeusement calmes d'Helevorn. Elle n'y voyait aucune menace immédiate, mais Ilmarë n'oubliait pas avec quelle rapidité les serviteurs de l'ennemi pouvaient parfois surgir.

« Même si nous ne trouvons rien aujourd'hui, cela en valait la peine » se réconforta-t-elle à haute voix.

C'était vrai. Maedhros avait changé d'attitude à son égard. Prince guerrier dans l'âme, il semblait que rien ne pouvait mieux le convaincre que tirer l'épée à ses côtés et bien que la Maia se fut passée des péripéties de la nuit dernière, elle en voyait désormais les heureuses conséquences. Le Noldo avait l'affection aussi sincère et voyante que pouvait l'être son mépris, ce qui participait d'une forme de candeur qu'elle trouvait rassurante.

Se décidant finalement à quitter le seuil de leur refuge, la guerrière prit ses armes et suivit le discret sentier serpentant jusqu'à la rive la plus proche.

*

« Sans vouloir vous presser... »

Le ton était innocent. L'expression de son visage, en revanche, était clairement malicieuse. Qu'ils fussent tous deux dans une région qu'on pouvait considérer comme ennemie - ou à tous le moins, certainement pas alliée - n'entamait pas l'apparente insouciance d'Ilmarë.

Il était midi, si l'on en jugeait à la force des rayons du soleil qui, même en cette saison, parvenait à apporter un peu de douceur aux pieds des Ered Luin ou Montagnes Bleues. Maedhros avait eu toute la matinée pour explorer les profondeurs opaques du lac, à la recherche de l'objet qui fut naguère confié à son frère, sans succès. Il fallait toutefois ajouter à sa décharge que sa compagne de route n'avait pas été d'une grande aide, se contentant de commenter ses plongées avec plus ou moins de charité et de grignoter du bout des lèvres un peu de pain elfique qu'elle avait tiré de sa besace.

Les heures s'étaient écoulées, sans annoncer d'autre présence que la leur ; mais une telle chance ne risquait pas de s'éterniser.

« L'eau est trop brune pour vous ? Elle vous pique les yeux ? » hasarda la Maia en se levant, puis en s'approchant du bord ondoyant d'Helevorn. Son camarade, de retour sur la terre ferme pour s'autoriser une petite pause dans ses recherches, risquait de faire les frais de son côté espiègle. Elle semblait tirer un certain plaisir à cette taquinerie, arborant une bouille comparable à celle d'un enfant en train de sucer un bonbon. « À moins que... »

Elle s'interrompit soudain, les yeux plissés. S'asseyant sur les talons, d'une main elle fit signe à Maedhros de s'approcher et de l'autre elle plaça ses doigts à un cheveu du clapotis de l'ondée.

« À moins qu'il y a là quelque artifice qui nous cache ce que nous souhaitons découvrir. »

La Maia fit le geste d'attraper l'eau dans sa poigne puis la tira en arrière ; et comme on arrache une couverture, le maléfice qui déguisait le lac fut ôté. Le miroir liquide prit aussitôt des reflets de vert-de-gris, et une espèce d'humeur ou d'huile plus épaisse y flottait par volutes paresseuses. Mais pire encore que son aspect souillé, c'était ce qui y résidait qui pouvait inspirer un sentiment d'horreur ; on distinguait des mouvements dans la nasse, tantôt traînants tantôt nerveux, évoquant la reptation d'un moribond ou son dernier sursaut d'agonie.

« Et bien, peut-être était-ce mieux avant... »

Elle hésitait. Ilmarë se pencha vers l'avant, la tête de côté en présentant son oreille à l'eau comme pour mieux l'écouter ; et en effet, il en émanait d'innombrables murmures presque imperceptibles.

« Allez-y maintenant : ce petit tour risque d'attirer l'attention sur nous. Et, Maedhros... » Elle le dévisageait avec un grand sérieux, appuyant son propos d'un regard qui se voulait d'avertissement : « Quoi que vous trouviez là-dessous, ou qui que vous trouviez... sachez que les vôtres qui périrent ici sont aujourd'hui dans les cavernes de Mandos, à attendre un nouveau commencement. Je vous le promets. »
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MessageSujet: Re: La lumière dans les ténèbres [Maedhros - ?] Jeu 7 Déc - 3:32


Comme une servante qui retirait des draps souillés afin de changer la literie d’un noble, la Maia se saisit d’un linceul cristallin et translucide qui semblait dormir depuis la nuit des temps sur le lac Helevorn, silencieux. Le mouvement avait été court, mais exécuté avec la technique qui provenait d’un art qui était inconnu aux gens qui habitaient ce côté du Belegaer. À la manière des premières puissances qui avaient façonné ce monde, la Maia pouvait interagir sur le milieu naturel en y appliquant des changements que même les esprits les plus inférieurs auraient pu comprendre et ressentir. Fasciné, Maedhros se tenait à l’écart, tentant dans son for intérieur d’associer cette manipulation surprenante à des souvenirs d’Aman qu’il s’était résigné à ne jamais dépoussiérer.

Les instructions étaient claires. Comme le soldat qu’il était, pliant toujours l’échine, mais gardant le menton bien haut devant le devoir que lui imposait son destin, il entreprit de machinalement appliquer la marche à suivre. Même s’il venait à peine de les revêtir, il se défit efficacement de ses habits de voyage, protections de cuir qui gêneraient ses mouvements sous l’eau. En terminant par ses bottes dont les semelles imbibées de sueur lui collaient à la peau, il s’avança pour tremper ses orteils dans la vase. Froide, elle invita aussitôt un frisson à parcourir le corps de l’Elfe dont la température corporelle se stabilisa grâce une longue respiration qui n’avait pas su retenir un léger rictus de mécontentement. La froideur du lac contraignait les pieds de Maedhros à un ultimatum : bouger ou geler sur place. Ironiquement, le sang bouillant qui coulait dans les artères et les veines du fils de Feanor ne savait pas tenir tête au givre d’Helevorn ce jour-là.

L’abîme du plus grand lac à l’est de Doriath et à l’ouest des Ered Luin était un de ceux qui défiait même la mort : il la chassait, elle qui avait un visage alors que ce dernier les étouffait tous avant de les emporter au fond. Dans l’obscurité presque totale du grand bassin, la lumière timide de la journée grise se refusait de pénétrer les eaux glaciales, faisant d’Helevorn un vide intemporel et dépourvu de sens. Soulagé, Maedhros porta rapidement ses yeux vers les cieux, puis vers la rive à quelques dizaines de mètres où le regardait son amie. Quelle liberté était-ce de sentir dans sa gorge l’air qui paraissait si chaud à la surface des eaux glacées ! S’éloignant toujours et repoussant le moment où il devrait encore submergé sa tête, le nageur se retrouvait désormais à une bonne centaine de mètres du lieu où il avait plongé. Les traits de sa compagne de voyage lui étaient indistincts, peut-être à cause de la distance, mais le gèle mordant sur son visage y était aussi pour quelque chose. Évidemment, il ne s’agissait pas d’une baignade de plaisance et le roi de la Marche continua de s’approcher d’un monolithe rocheux qui gardait une berge à sa droite.

Plus il s’approchait du roc qui avait capté son attention et attiré son instinct, plus la nage se faisait difficile. Ses muscles, tendus de fatigue et pétrifiés de froid semblaient peu à peu renoncer à la tâche et, même pour un Elfe de sa lignée, l’effort que les éléments lui demandaient était presque fatal. À l’écoute de son corps, lui qui avait mené plus d’un combat, le prince feanorien ne savait que trop bien qu’il n’avait plus beaucoup de temps à sa disposition pour trouver ce qu’ils étaient venus chercher tous les deux. Inlassablement, ses jambes qui battaient les flots au rythme de ses souffles toujours plus creux et douloureux devenaient anormalement lourdes. Comme si… on les lui agrippait afin de le tirer sous la surface du lac. Paniqué, Maedhros fit volte-face lorsqu’il sentit des mains, des dizaines de mains lui saisir les genoux et les chevilles. Formes spectrales qui luisaient à travers le gris bleuté d’Helevorn, elles n’avaient que morceaux de glace pour doigts, brillants comme les glaciers du nord sous un clair de lune jaunâtre. Puis, Maedhros fut violemment tiré sous l’eau, aspiré par une force, comme un courant qui ne lui avait laissé aucun de temps de réaction.

Dans l’obscurité des abysses, des visages le regardaient. Comme des créatures qui ne connaissaient que la noirceur des racoins sous-marins, ces choses n’avaient ni yeux, ni parole, bien que leur regard eut été terrifiant et leurs cris, plus horribles que les chansons des Orques. Même s’il avait usé de toutes ses forces restantes pour remonter retrouver la lumière du soleil, quelque force paralysante le gardait au fond, là où la vase glaciale avait avalé les derniers vestiges d’une forêt d’algues. Formant un cercle, telle une foule l’asphyxiant, les spectres s’étaient agglutinés autour du noyé, portant à sa gorge et à sa poitrine leurs mains squelettiques. Là, sous une quantité d’eau qui aurait suffi pour engloutir toute la citadelle d’Himring, le feu de l’esprit de Maedhros, celui qui normalement terrassait tout ennemi, ne vit même pas une flammèche.

Quand le Noldo crut que ses fléaux lui arracheraient son dernier souffle, l’un d’eux saisit la mâchoire et la chevelure en lévitation de Maedhros afin d’immobiliser ce dernier, qui ressemblait plus à un cadavre gelé qu’à un roi. Et la figure fantomatique fit pivoter la tête du prince vers une paroi rocheuse à laquelle il faisait dos, à la manière où une fillette manipule le crâne d’une poupée de chiffon. Terrifié et sans issu, Maedhros ne put qu’observer le spectacle sous-marin, qui n’était qu’une fresque morbide et figée dans le temps : au pied de la grande pierre, falaise dont la cime surgissait peut-être à la surface ou non, le squelette d’un Elfe gisait adossé au mur de roche. Enveloppé de plusieurs couches de linceuls brodés et décorés que la force de l’eau n’avait pas su dégrader, il reposait sur un amas de joyaux et de trésors d’or et d’argent. Tout autour de la dépouille, toutes sortes d’honneurs étaient visibles. Stupéfait, Maedhros voulut communiquer aux apparitions son étonnement : il reconnaissait ce général qui avait servi dans l’armée de son frère Caranthir. Or, il ne sut ni crier, ni se débattre pour remonter à la surface quand, horrifié, il vit l’obscurité dense se dissiper. Quand les eaux noires du fond du lac Helevorn devinrent limpides comme celles des rives d’Aman, là où les cygnes se regroupaient, elles révélèrent des champs interminables de cadavres empilés en amas par les courants. Des Orques, des Elfes et des Hommes avaient connu les sables du lac comme dernier tombeau.

Soudain, quand le roi de la Marche voulut regarder le spectre dont les mains infernales lui avaient fait frémir la peau, il vit que le fantôme était maintenant un Homme, un Oriental à l’allure noble. Le visage navré, mais visiblement satisfait, il indiqua à Maedhros ce qui serait la dernière étape de son périple, le dernier sacrifice à faire avant de regagner son souffle et sa vie. Comme un serviteur qui menait son seigneur à son trône, parmi une cours de loyaux sujets, l’Homme guida Maedhros vers la dépouille elfique aux apparats familiers. Attaché au cou de cette dernière, reposant sur sa poitrine, un médaillon brillait dans le contraste des couleurs des armures d’argent et le gris sali des ossements qui étaient presque poussière. Sans hésiter, Maedhros attrapa le talisman, ce qui plongea le nageur dans une obscurité totale et dont la frontière parut être l’infini...
_ _ _

Dans la lumière du matin, la citadelle d’Himring avait tout d’une mère qui berçait délicatement son roi, qui s’éveillait tout juste dans ses quartiers. À ses côtés, des servantes et ses plus proches officiers semblaient attendre son réveil. Or, quand le seigneur de la Marche ouvrit les yeux, celle qu’il fut le plus soulagé de voir était son amie, son étoile venue de loin.

Sur sa table de chevet, là où son épée reposait, un objet dont la brillance lui était inconnue avait captivé les nobles de la cours, qui avaient posé tant de questions et remercié tant de fois la Maia de leur avoir ramené leur roi.
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